Je m'appelle Déborah, et depuis toujours, je marche aux côtés des autres. Je suis infirmière depuis plus de dix ans. J'ai appris à écouter sans juger, à accueillir sans peur, à tendre la main sans attendre en retour.
J'ai travaillé en santé mentale, auprès de personnes en souffrance, là où les mots sont souvent trop lourds ou trop rares. Ces années m'ont appris la patience, l'humilité, la profondeur du silence. Puis la vie m'a emmenée ailleurs, j'ai quitté l'hôpital pour le libéral, avec cette envie d'autonomie, de proximité, de lien.
Et puis un jour, j'ai tout arrêté. Par amour, par engagement, par loyauté. J'ai choisi d'aider mon mari à créer son entreprise, à bâtir une structure, à poser des fondations solides. Ce n'était plus mon métier, ce n'était plus ma voie, mais à ce moment-là, je pensais que c'était ma place.
Je l'ai porté, accompagné, organisé, jusqu'à m'oublier un peu, et parfois même beaucoup.
Et puis, un matin, j'ai senti que je n'étais plus là. J'étais devenue l'ombre de celle que j'étais. Alors j'ai décidé de revenir à moi.
Ce retour n'a pas été un mot posé sur un carnet, ça a été une traversée. J'ai vécu ma propre libération émotionnelle, intense, et de l'autre côté, quelque chose s'était remis droit en moi. C'est là que ma voie s'est ouverte, pas avant. Je n'accompagne pas les femmes depuis une théorie, je les accompagne depuis un chemin que j'ai fait moi-même.
J'ai repris mon métier d'infirmière, cette fois de nuit, dans un foyer mère-enfant. J'y ai rencontré des femmes en reconstruction, des mères blessées, des âmes fortes même sous la fatigue. Avec elles, j'ai réappris la douceur, l'amour et la force de la vie, la vraie. Elles m'ont appris que la lumière, même vacillante, ne meurt jamais.
Aujourd'hui, je continue d'exercer comme infirmière libérale à temps partiel. Mais surtout, j'ai choisi de créer un espace pour celles qui, comme moi, ont porté depuis trop longtemps sans jamais s'être vraiment regardées.